Le look néo-nazi n’est plus en vogue chez les skinheads d’extrême droite. Influencés par leurs collègues allemands et néerlandais, les crânes rasés français délaissent peu à peu les marques et sigles traditionnels pour adopter un style streetwear, moins stigmatisant.

Pour les skinheads, les croix gammées et les blousons SS, c'est du passé. Place au sweat noir et au logos non déchiffrables. (photo Quentin Laurent)
Oubliez les crânes rasés, rangers et tatouages voyants. Les croix gammées et symboles hérités de la mythologie scandinave ne sont plus les accessoires favoris des nouveaux skinheads. En remplacement, certains radicaux d’extrême droite ont adopté ces dernières années le style tout-noir. « C’est la couleur des anarchistes, plus neutre, plus autonome aussi », précise Stéphane François, historien et spécialiste des cultures d’extrême-droite. Mais la plupart recherchant une neutralité totale, les tenues décontractées -ou streetwear- sont désormais la norme.
« La mode, c’est de la branlette. »
Pourquoi fuir les accessoires traditionnels ? « Porter du Lonsdale ou du Fred Perry, ça coûte cher et t’es tout de suite repéré. On sait que toi, t’es un violent », explique Johann, 37 ans. Au chômage depuis quelques années, il est membre de la Maison flamande lilloise (association d’extrême droite), où il croise parfois des jeunes skinheads lookés de la tête aux pieds. Lui, il ne l’a jamais été. Ni tatouage, ni uniforme. « Pas besoin de fringues spécifiques pour appartenir à un milieu, la mode c’est de la branlette », ricane-t-il. Depuis qu’il connait la Maison flamande, Johann récupère dans la rue des jeunes « en déshérence » et les pousse à renoncer à leur radicalité vestimentaire. « On leur dit de ne pas se saper, il y en a même qui ont enlevé leurs tatouages ». Effacer une croix gammée oui, mais pas pour renoncer la violence du symbole. Simplement « parce que c’est grillé », précise Johann.
D’abord emprunté au milieu ouvrier, le look skinhead a évolué au fil des années autour d’une gamme de marques assez réduite. Les plus courantes -Lonsdale et Fred Perry- sont à l’origine des marques sportives, assez coûteuses mais surtout très confortables. « Le look cosy, c’est pratique pour les combats de rue », décrypte Stéphane François. Lonsdale avait la préférence des néo-nazis qui, en modifiant légèrement le logo, faisaient apparaître les initiales du NSDAP, le parti d’Hitler. La marque, qui refuse toute association avec les milieux d’extrême-droite, a fêté ses 50 ans en 2010. En rappelant notamment ses origines antiracistes : Lonsdale habillait les boxeurs noirs, comme Mohammed Ali ou Mike Tyson.
« Les vêtements ne suffisent plus à identifier un skinhead. »
Mais aujourd’hui, ces marques historiques des skinheads n’ont plus la cote. Seules certaines marques peu connues dans l’Hexagone continuent à faire office de signe de reconnaissance. Parmi elles : Thor Steinar (« Marteau de Thor », en allemand), qui a fait récemment son apparition en Allemagne. Moins connue en France, elle n’est pas encore identifiable comme un symbole skinhead par les non-connaisseurs. Cependant, ses sigles rappellent les emblèmes du nazisme, elle a été interdite par les autorités françaises. Pour se la procurer, il faut donc passer par des sites basés à l’étranger, dont certains se cachent derrière la vente de produits celtiques et médiévaux.
Pour Stéphane François, « les vêtements ne suffisent plus à identifier un skin », même si certaines mouvances, comme les Gabber, font perdurer un look très marqué. Il s’agit souvent dans ces cas-là de jeunes déscolarisés, « avec un fort problème d’identité », qui adoptent « le style du kéké local », sans forcément comprendre l’idéologie qui réside derrière.



5 comments
Canard épilé chauve says:
mai 13, 2011
C’est bien écrit ! J’ai tout lu ça m’a bien plu. Brrrrrravo
un redskin says:
mai 14, 2011
C’est un sujet qui me tiens à coeur en tant que redskin antifasciste, mais je trouve que ça manque de référence sur la réalité du mouvement skinhead en le généralisant à l’extrème droite ce qui n’est qu’une partie de ses orientations et pas celle originelle. De plus à travers certains codes vestimentaires décris (pas ceux avec symbole fascisant, etc. mais plus Lonsdale, fred perry)je me reconnais totalement alors que je suis antifasciste et antiraciste militant convaincu. Dire au gens, voilà les skinheads ça se look comme ça et ce sont des gens d’extreme droite, je suis redskin, je me look comme ça et je suis un ennemi de l’extreme droite, alors arrété de généraliser systématiquement pourrait limiter le quiproquo dont mes semblables et moi qui tenons une part importante de l’antifascisme actuel somme l’objet quotidien.
Marchet Geyer says:
mai 14, 2011
J’habite en Bourgogne. Dans mon village aux dernières élections, le FN a fait 31%. Je suis choquée, je pensais que les Français avaient compris… Je suis une ancienne de Ras l’front et 20 ans plus tard il faut que je me remette à me battre contre ces extrémistes. Merci de nous informer sur tous ces extrêmes…
angus says:
mai 17, 2011
pour les skinhead d’extrème droite préférez le nom « bonehead », car en effet le mouvement skinhead est dans son essence (issu de la jamaique, les musiques principales écoutées par les skinhead traditionaux sont le reggae et le ska) antiraciste.
les skinhead néo nazis (bonehead) avec leur RAC, ne sont pas de vrais skinhead, seulement des imitations paramilitaire et fascisée des vrais skinhead.
tel que les apolitiques antiracistes (SHARP) ou les redskins (RASH).
Thom says:
oct 30, 2011
J’aimerais encore une fois souligner que les médias n’arretent pas de parler des boneheads comme des skinheads, soyons clair :
En tant que skinhead membre de la SHARP, je ne reconnais pas en un bonehead le mouvement skin, il s’agit de fascistes stupides et violents, j’apprécierai que l’on fasse la différence entre les NS et les skinheads normaux.