Les groupuscules nationalistes serbes sont à un tournant. Il doivent se muer en partis politiques officiels pour échapper à la menace d’une interdiction par le pouvoir. Nous sommes partis à la rencontre de Nasi 1389, un groupe basé à Belgrade. Au programme : idéologie guerrière, rejet de l’Union européenne, et critique des médias.
Une photo de Ratko Mladic, le criminel de guerre serbe arrêté le 26 mai, collée au mur avec un autocollant anti Union Européenne : la philosophie du jeune groupuscule ultranationaliste serbe « Nasi 1389 » se résume en un regard. Créé en 2004, le groupe a pour porte-parole Misa Vacic, un étudiant en droit de 26 ans.
Rendez-vous est pris avec cette figure montante de l’extrême droite serbe dans le quartier général du groupuscule à Zemun, un coin tranquille de Belgrade. A l’heure prévue, personne dans les locaux de 1389 en piteux état. Misa Vacic arrive finalement avec une heure de retard. À l’entrée des bureaux du groupe, pour seul comité d’accueil, une grille et une caméra.
« Pour la sécurité de nos bureaux », explique le jeune porte-parole du groupe. « Nous avons trop d’ennemis. » Son anglais est hésitant. Le ton est placide, le rythme lent. Derrière le calme apparent du bonhomme, des condamnations pour port d’arme illégal et pour violences sur des policiers, notamment lors de la gay pride de Belgrade en 2009.
Le groupe se déclare non-violent, mais Vacic n’hésite pas à montrer « l’engagement » total des militants, dont il n’a pas souhaité nous donner le nombre. « Les membres de notre groupe sont des activistes politiques endurcis. Comme des Spartiates, lorsqu’une guerre éclate, ils sont tous soldats. »
Le jeune porte-parole prend naturellement la pose de mauvais garçon quand on le prend en photo : (gros) bras croisés, regard fixe.
Du groupuscule au parti politique
Nasi 1389 tente pourtant de s’offrir un visage plus fréquentable et s’apprête à muer. Il y a deux ans, le ministère de la justice serbe a demandé à la Cour constitutionnelle d’interdire les groupuscules d’extrême droite. En cause : le chaos provoqué par des hooligans serbes à Gênes.
La Cour devrait rendre sa décision fin juillet. 1389 doit donc rapidement devenir un parti politique officiel s’il veut continuer d’exister. Pour cela, 10 000 signatures de citoyens lui sont nécessaires. « Nous en avons recueilli 7000 en deux mois », se vante Vacic.
« Le président Tadic n’est qu’une marionnette de l’Ouest. »
Aux dires du porte-parole, le groupe ne manque pas d’ennemis. Ceux de la Serbie : « Le nouvel ordre mondial, les Etats impérialistes qui souhaitent détruire les pays et leurs libertés. Le président Tadic n’est qu’une marionnette de l’Ouest. » La France et les Etats-Unis sont les cibles privilégiées de ce discours anti-occidental.
Anti Europe et anti médias
Le rejet de l’Union européenne est l’une de leurs marottes. L’Europe est accusée d’occuper le pays. Mais leur vrai fond de commerce, c’est le refus de l’indépendance du Kosovo et de l’autonomie de la province Voïvodine . Le groupuscule rêve d’une grande Serbie, forte et unifiée.
Quand on évoque le cas de Voïvodine, le territoire multi-ethnique du nord du pays devenu autonome en 2009, Misa Vacic marque un temps, pose les coudes sur la table. La question est cruciale. « Nous sommes trois dans la pièce. Un Serbe et deux Français. Cette salle est-elle française pour autant ? »
Les médias sont une autre cible privilégiée. En particulier B92, la principale chaîne d’information du pays qui fouille régulièrement dans les affaires des hooligans et des groupuscules d’extrême droite. Il y a quelques semaines, le groupe a manifesté devant leurs locaux.
« Nous apprécions les médias, mais pas les médias qui se posent en soldats du nouvel ordre. »
Dans le bureau de Misa Vacic, un tableau avec un plan un peu curieux. Le nom de B92 affublé d’une croix gammée et encerclé par différentes flèches portant des noms d’armes (M53 – M70). « Juste une plaisanterie », nous assure Vacic. « C’est une guerre médiatique. Nous apprécions les médias, mais pas les médias qui se posent en soldats du nouvel ordre. Nous considérons cette chaîne comme une télévision idéologique. »
B92 a été la première à révéler l’arrestation de Ratko Mladic. L’ancien commandant en chef de l’armée serbe, accusé de génocide par le Tribunal international de La Haye, est un héros pour les nationalistes serbes. Quelques centaines d’entre eux ont manifesté contre l’arrestation de Mladic dans plusieurs villes du pays. Des membres de Nasi 1389 ont pris part à ces rassemblements.
Avec Eleonore Sok-Halkovich






1 comment
dimitrije says:
juin 29, 2011
encore une fois, tout comme le slide concernant les graffitis belgradois, sujet traité superficiellement.
Loin de moi l’idée de defendre 1389, pourtant l’article est encore une fois imprecis et emprunt d’une forme d’ »ethnocentrisme » reducteur.
ouvert a toutes discussions, mon mail figure plus bas…